Encres / Papier, 130 x 100 cm, 2011
Et j'aurais tendance à dire heureusement, parce que dans le cas contraire, je ne suis pas certain que beaucoup d'êtres humains auraient envie de voir le jour. D'un autre côté, il faut bien reconnaître qu'élever un enfant n'est pas de tout repos. Il faudrait bien dix ou quinze ans d'étude avec une spécialisation garçon ou fille pour y arriver. Cela dit, comme rien n'est prévu en la matière, les gens s'improvisent parents et tentent d'inculquer à leurs rejetons les rudiments de la vie en société : respect, famille, travail, patrie, autant de conneries auxquelles on fait semblant de croire à défaut de quelque chose de sérieux à se mettre sous la dent. Et comme le respect est censé commencer par s'appliquer aux personnes responsables de votre existence, à savoir celles qui vous ont mis dans la merde, force est de constater que les choses ne se présentent pas sous les meilleurs auspices. Les parents, c'est quoi ? Un type qui sort de nulle part et une fille dont on ne sait pas grand-chose de plus, qui, par le plus ou moins grand des hasards, se rencontrent un beau jour, se plaisent vaguement et en concluent aussitôt que rien ne s'oppose plus à ce que le prince charmant glisse sa baguette magique dans le réceptacle prévu à cet effet chez la gente demoiselle afin d'y déposer son élixir d'amour. Il va sans dire que j'ai la larme à l'œil devant tant de noblesse et de beauté, et que j'ai toutes les peines du monde à ne pas éjaculer de bonheur quand je sais que neuf mois plus tard, si tout se passe bien (et je prie le Seigneur de toute la force de mes petits poings serrés pour que tel soit le cas), un petit animal humain va pointer le bout de son groin glaireux et ensanglanté à la lucarne maternelle et apercevoir pour la première fois la tronche d'alcoolique patenté de son crétin de père. Voici ton papa, mon chéri. Il te plait ? Euh... non, pas vraiment. Oui, je comprends. Qui, en voyant cela, ne serait pas tenté de rebrousser chemin illico et de retourner se planquer dans le nid douillet qu'il vient de quitter pour ne plus jamais en ressortir ? Manque de bol, dans ces cas-là, il y a toujours une espèce de médecin nazi sadique avec des gants en latex, un masque sur le nez et une paire de ciseaux à la main pour t'extirper manu militari de l'endroit que tu ne voudrais quitter pour rien au monde. Allez, sors de là, petit crotte. Arrête de brailler et dis bonjour au monsieur et à la dame. NON, POUR L'AMOUR DU CIEL, NE TOUCHEZ SURTOUT PAS A CE CORDON !!! Ce sont tes parents. NOOOONNNNNN !!!!!!! Oui, je sais, ils sont très laids, n'empêche que tu as intérêt à être gentil avec eux car ils vont s'occuper de toi jusqu'à ce que tu sois en mesure de te débrouiller tout seul et de fonder à ton tour un putain de foyer plein de tendresse et d'harmonie. Merde, j'en chialerais presque ! Autre chose : à l'adolescence, quand tu vas commencer (à juste titre, d'ailleurs, et ça ne va pas s'arranger) à te trouver moche, à avoir des boutons plein la gueule et à triquer en reluquant le cul et les nichons des petites putes de ta classe, évite les conneries du genre : « j'ai pas demandé à naître ». Evidemment, gros malin, que t'as pas demandé, puisque t'étais pas là ! Je sais ce que tu vas me dire : le problème, c'est qu'une fois que t'es là, c'est trop tard pour demander. C'est pas faux, mon grand, mais il fallait y penser plus tôt. Et puis tu verras, on s'habitue à tout, et de toutes les mauvaises habitudes la vie est probablement la plus difficile à perdre, car en dépit du fait que tu vas te faire chier comme un rat mort et t'en prendre plein la hure pour pas un rond, plus le temps va passer et plus tu vas te mettre à flipper à l'idée de casser ta pipe. Paradoxal mais vrai. Ça montre à quel point l'homme est con, non ? Bon, sur ce je te laisse, j'ai d'autres chattes à accoucher.






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